Des robots médiateurs ? Nous y sommes !


10/04/2018

Des robots médiateurs ? Nous y sommes !

Ce n’est plus de la science-fiction. L’arrivée des robots médiateurs est expressément admise par le projet de loi de programmation pour la justice 2018-2022.

https://www.cnb.avocat.fr/sites/default/files/documents/1806695r-exp-28.03.18.pdf

 

La généralisation du recours aux règlements amiables des différends

La première orientation annoncée par le projet de loi (Article 2 et suivants) est de développer la culture du règlement amiable des différends.

A ce titre, diverses mesures sont énoncées, dont la sécurisation du cadre juridique de l’offre en ligne de résolution alternative des différends.

Ce deuxième point risque de surprendre plus d’un médiateur.

En effet, l’alinéa 2 de l’article 3 du projet de Loi est ainsi rédigé :

« La conciliation, la médiation ou l’arbitrage en ligne ne peuvent  résulter exclusivement d’un  traitement  par  algorithme  ou  d’un  traitement  automatisé.  Lorsque  la  conciliation,  la médiation ou l’arbitrage est proposé à l’aide d’un traitement algorithmique, l’intéressé doit en être informé par une mention explicite et doit expressément y consentir. Les règles définissant ce traitement ainsi que les principales caractéristiques de sa mise en œuvre sont communiquées à l’intéressé qui en fait la demande. Ce traitement met en œuvre des mesures appropriées pour la sauvegarde des droits et libertés. »

 

Intelligence émotionnelle vs intelligence artificielle ?

« Intelligence humaine vs intelligence artificielle », le sujet est plus qu’investi depuis bien longtemps.

Pourtant, il n’est pas prêt d’être apuré.

Du moins si l’on admet que l’intelligence émotionnelle est bien partie intégrante de l’intelligence humaine.

Les algorithmes ont investi tous les domaines de notre vie, mêmes les plus improbables.

Vraiment tous ?

Peut-être pas mais ils semblent y venir comme le laisse présager le texte proposé par la chancellerie en matière de justice.

Jusque-là le robot est intervenu en support puis progressivement à la place du cerveau humain là où il était question d’ « intelligence » : calcul, déduction, probabilités, analyse, contrôle  jusqu’au processus décisionnel dans des domaines de plus en plus nombreux.

Pourtant au détour du projet de Loi pour la programmation pour la justice de demain,   l’algorithme est invité à aller beaucoup plus loin et à pénétrer au cœur de l’émotion humaine : à l’intérieur même du processus de médiation.

 

Des médiateurs algorithmiques

Admis en tant que dispositif complémentaire, le projet de loi prévoit que la médiation en ligne ne peut résulter exclusivement d’un  traitement  par  algorithme  ou  d’un  traitement  automatisé.

En dépit de cette précaution, qui pourrait bien n’être que temporaire, l’intelligence artificielle est invitée à la table des médiateurs.

Cette proposition semble procéder d’une méconnaissance profonde de ce qu’est la médiation.

 

L’émotion et la conscience au cœur de la médiation

Les modes alternatifs de règlement des litiges et plus spécifiquement la médiation ont pour vocation d’organiser un espace –encore- protégé où l’humain s’exprime et retrouve sa place d’acteur de son présent et de son avenir.

A moins d’imaginer un robot doté de conscience et de vie intérieure (ce qui semble être l’un des enjeux de demain pour la recherche scientifique) la médiation est à l’antipode du traitement automatisé de données.

S’il s’agit par ce biais de renvoyer à l’application automatisée de la règle extérieure, la règle de droit, ou d’un barème, fut-il indicatif, nous ne sommes pas dans la médiation.

Nous sommes en dehors  de l’humain.

Or la solution est  l’intérieur de nous. Parce que nous avons un corps, instrument primaire de notre compréhension du monde, parce que nous avons des sensations physiques et des émotions, qui seules, sont à l’origine du conflit.

Sans émotion, pas de conflit. Un désaccord ne devient conflit que parce qu’il y a émotion.

Or la médiation nous ramène précisément vers l’intelligence émotionnelle, là où la règle touche à ses limites.

C’est parce qu’on ne peut pas toujours opposer la règle aux problématiques qui nous sont confiées que l’on doit plonger dans l’humain.

 

La faculté de prévoir l’admission,  la mise en place technique et l’accréditation de prestataires de médiation en ligne ne saurait exclure l’impérative nécessité de conduire une réflexion profonde sur la place que la justice de demain entend réserver à l’humain.

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